ÉVÉNEMENTS
 
   

Expositions

organisées par les Cahiers de médiologie

       
  Qu’est-ce qu’une route ?
  De l’ombre à la lumière, un idéal occidental
         
         
       
    Qu’est-ce qu’une route ?
           
      Maison Européenne de la Photographie
novembre 1996-janvier 1997
dans le cadre du Mois de la photo à Paris
avec le soutien du Groupe Colas, de la Direction des Routes (ministère de l’équipement) et de la Ville de Paris

conception : Monique Sicard et Louise Merzeau
           
     

Clairement, la route se moque du photographe. Evasion qui se dérobe, elle le fait marcher. L’installe, perplexe, à la fourche des chemins qui se séparent. La route supporte la carte. Justifie-t-elle aussi la photographie ? Il fut un temps où le passage prenait appui aux limites du regard. D’amer en amer, la marche a créé la route. En retour, la route lance un appel. Aux grandes marches comme à l’errance solitaire. On aurait tort de penser que les routes photographiées passent toujours par les déserts, l’Amérique et Paris-Texas. Elles sont chinoises, brésiliennes, bulgares, espagnoles, vietnamiennes… queues de poissons ou promesses d’universel. Toujours trop longues pour que l’image en vienne à bout. Rares sont les photographes qui n’ont jamais tenu une route à la pointe de leurs objectifs. Rares sont ceux qui l’ont pleinement inscrite en objet de leurs images. Serait-elle donc une chose trop vue ?

M. S.

       
 
© Ch. Phan
I. Tracés    
   

Paresseuse, la route est géologie, failles et topographie, souplesse ou dureté d’une roche mère, découverte spontanée des courbes de niveau. Elle est la terre à contourner, la ligne de moindre fatigue, l’espoir immense d’une géométrie sans droites. Grands vents, ampoules et fatigue. Promesse territoriale. Mainmise et déjà paysage. Il y a tant de collines, de rivières et de montagnes.

De la trace aux tracés, la route est signe et sillon, ligne de vie sur la paume de la terre. Hiéroglyphe creusé dans le sable, comme un défi aux séismes et aux vents, la route est figure et mesure, relief et tectonique du temps. Aux voyageurs de l’espace, anges ou sélénites, elle témoigne du passage des hommes : elle est leur empreinte et leur langue de feu. Constellation d’ici-bas, la route est une carte pour guider le regard, une ombre portée pour lever les images.

           
    II. Transits    
     

Fil rouge des routes de la soie aux routes du sang : partir, avec armes et bagages, pour d’autres terres promises.  Jetés sur les routes, emportant leurs croyances, oubliant leurs enfances  - chasseurs pourchassés d’utopies.  Sur les chemins de foi, de fuite ou  de conquête, tous les hommes  sont des nomades...  La route est le creuset de leurs légendes, le fil bleu des rêves de liberté.

Tout ce qui se passe. Tout ce qui passe par la route. Tout ce qui passe sur la route. Au fil des couleurs, au fil des idées. Dessus sans dessous, la route est canal des fuites, des départs à la hâte. C’est l’absence de refuge qui fait le réfugié. A roues ou à pieds. En camions ou en cercueils. Cibles du snipper au risque de l’image, les routes de guerre, protectrices et bombardées.

           
    III. Chantiers    
     

Vitesse, attente, rêve ou fatigue... La route est une horloge à mesurer le temps qui nous sépare et nous unit. La route est cette blessure par où l’ailleurs nous manque et nous aspire. La route est un mirage, où nous marchons vers les images  de nos désirs.

Immobile, la route crée le mouvement. Scande les arrêts, au hasard des bornes kilométriques, des péages autoroutiers, des relais de poste. La route, c’est la mesure qui s’égare comme un mètre à ruban. D’un point à un autre, des amateurs à ceux qui aiment. La rigueur numérique est condition de la liberté. Même en mer, la route ne s’arrache jamais tout à fait à la navigation.

           
    IV. Voyages    
     

Plus long est le chantier, meilleur est l’uni. Le bitume fait le voyage. Argiles rousses et marnes blanches, claires comme un bouteur sur la route des vacances. La route se lisse, les pistes s’embrouillent. Vague des accotements. Routine des à-côtés. Laissés pour compte au bord des routes : exclus botaniques et friches humains.

Faite et défaite, ouvrage vingt fois remis sur le métier, la route est belle ouvrage. Grand Œuvre du bitume, alliage du volatil au tellurique. Ouvrage d’art, anatomie des pentes, des failles et des secousses. Anticipation, oubli, la route est un ruban de Sisyphe qui se fraye se rature.

           
    Photographes exposés    
     

Christophe Galatry
Anne Garde
Jean-Louis Garnell
Emmet Gowin
Joseph Koudelka
Hien Lam Duc
Yvon Lambert
Jacques-Henri Lartigue
Laurent Martin
Didier Mauduit
Brigitte Olivier & Camille Olivier-Cuisset
Christine Phan

Bernard Plossu
Marc Riboud
Sebastia Salgado
Klavdij Sluban
Anthony Suau
Thierry Urbain
Henri de Wurstenberger

et des photographies du Groupe Colas, de la Direction des Routes, des Pontset Chaussées et de la Société Citroë

   
           
           

Catalogue de l’exposition

publié dans le n°2 des Cahiers de médiologie,
"Qu’est-ce qu’une route ?", coordonné par François Dagognet.

 
         
    De l’ombre à la lumière, un idéal occidental
     

© L. Merzeau

Bibliothèque La Part-Dieu, Lyon, CNRS
novembre 2000 à février 2001

commissariat : Monique Sicard

 
Dans la Bible, Dieu fait la lumière et la lumière est Dieu. Plus tard, avec Descartes, la raison fera la lumière et la lumière sera raison. Transparente, d’une absolue simplicité, la lumière du premier jour n’existe qu’en opposition radicale aux ténèbres et au chaos primitif. D’emblée une continuité s’établit entre l’esprit et la matière, car la lumière est action, la lumière est chaleur. Il a suffi à Dieu de dire que la lumière soit et la lumière a existé. Il a fallu représenter dans la Bible de Nuremberg ou le De Macrocosmica Historia, le premier jour et sa lumière pour conférer à Dieu une existence. La production d’une imagerie contemporaine du big bang par l’enregistrement d’un rayonnement venu de la nuit des temps, pourrait bien être l’une des conditions de l’invention d’une explosion unique, originelle, point de départ de l’Univers entier…
 
    I. Le Livre lumière
      Trois ouvrages d’or jalonnent l’histoire du livre : la Bible, l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, le livre écran de nos ordinateurs contemporains. Fin du XVIIIe siècle : l’Encyclopédie des Lumières s’installe contre l’obscurantisme en théâtre de la clarté et de la preuve. En développant une philosophie de l’objet, objet technique elle-même, elle rend le monde compréhensible. Fin XXe siècle : nos livres électroniques innovent. Dissociation du support et du texte, changement de matière, de format. De leurs pages-écrans sourd une lumière où l’esprit le dispute à l’électronique. Ils portent en eux, sans doute, un nouvel ordre de lisibilité du monde...
           
    II. La Ville lumière
      Au XIXe siècle, l’éclairage électrique, fondamentalement urbain et public, bouleversait la forme des villes. Emergeait alors l’utopie du phare unique rassemblant et organisant les hommes dans sa clarté immense et lunaire, transformant la ville en espace univers. Mais à la fin du siècle, l’ampoule à incandescence fragmente l’éclat lumineux, le répand le long des rues, de boutique en boutique. Les clients virevoltent un à un, mais en masse. La lumière électrique éblouit tout en s’éclairant elle-même. Plein feux sur les marchandises qui se font les allégories du progrès...
           
    III. Le Corps lumière
      Mettre en lumière le corps humain, c’est en livrer des représentations, faire rejaillir par elles la lumière intérieure du modèle ou du peintre. Mais c’est aussi, plus trivialement, assurer l’éclairage des amphithéâtres de dissection; clarifier les savoirs sur le corps; faire progresser la science anatomique. Jamais peut-être l’écart entre un objet et sa représentation ne fut plus important qu’entre le corps du cadavre et la beauté des planches gravées de l’anatomie. Longtemps elles ont fui les pathologies, ne rendant compte des savoirs du corps qu’en revenant au normal et à la vie. En retour, elles n’illuminèrent pas seulement l’homme disséqué mais aussi ses savants, ses universités, ses graveurs et imprimeurs, ses lecteurs et étudiants. La photographie (l’écriture de lumière) est, au XIXe siècle, d’un apport paradoxal. Trop réaliste, elle entache ce corps malade qu’elle s’efforce de rendre clair. Contre-coup : l’arrivée transparente et lumineuse de la radiographie est reçue comme un ré-enchantement...
           
    IV. L’Image lumière    
     

Il est plus raisonnable de regarder l’image de l’éclipse que l’éclipse elle-même. La source lumineuse, elle, éblouit, empêche la lucidité, rend aveugle. La connaissance du monde ne peut se réaliser que dans l’obscurité de la caverne par image projetée interposée. Imparfaite, dit Platon, mais d’efficacité non nulle. Le dispositif de projection servira plus tard les techniciens et techniques de la transmission : marchands de peurs et fantasmagories de la période révolutionnaire, éducateurs et pédagogies du XIXe siècle, photographes, industriels de la culture et attractions cinématographiques du XXe siècle, télé-visions et commutations de nos écrans domestiques contemporains.

           
           
   

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paru dans le n°10 des Cahiers de médiologie,
"Lux, des Lumières aux lumières"
coordonné par Monique Sicard.

 
           
         
   

Voir des images de l’exposition

(photos de Louise Merzeau)