MÉDIUM N°5
 
  Revue trimestrielle dirigée par Régis Debray
 
 
 
 

Le palais de cristal, par Peter Sloterdijk

Peter Sloterdijk nous a donné un extrait de son prochain livre, « Sphères II ». Construit à Londres en 1862, le palais de cristal, anticipation du consumérisme climatisé et ancêtre de nos « Shopping Malls », dômes commerciaux et superdômes sportifs, a fourni à Dostoïevski l’intuition prophétique du « capitalisme psychédélique ». L’autre nom de la platitude post-historique. C’était avant l’ouragan Katrina, mais le projet « ennui généralisé » n’est sans doute pas gommé de l’ordre du jour.

Peter Sloterdijk est philosophe allemand, professeur à l’université de Karlsruhe. Son dernier livre paru est Ni le soleil ni la mort, Pauvert, 2003.

 
     
 

Bulles, écumes, médiasphères, par Daniel Bougnoux

À la notion visuelle et sécurisante de « champ », chère à la sociologie de Pierre Bourdieu (le champ artistique), la médiologie a toujours opposé celle, tactile et compromettante, de « sphère » (la médiasphère). Le sujet, hélas, n’est pas « devant », il est « dedans » (« H20 n’est pas la découverte d’un poisson »). Avec les travaux de Sloterdijk, nous voilà donc en famille. Le dialogue va bon train. Daniel Bougnoux dégage ici quelques points d’intersection.

Daniel Bougnoux est professeur émérite en sciences de l’information et de la communication à l’université Stendhal de Grenoble.

 
     
 

Elsa, les yeux et la mémoire, par Edmonde Charles-Roux

C’est par un jour de juin, cette année, au moulin d’Aragon à Saint-Arnoult-en-Yvelines, qu’Edmonde Charles-Roux a évoqué, devant un groupe d’amis et de militants, ses souvenirs d’Elsa Triolet. Son nom et son œuvre ne sont plus guère fréquentés. Merci à l’auteur d’ « Oublier Palerme » de nous rafraîchir la mémoire.

Edmonde Charles-Roux est présidente de l’académie Goncourt. Son dernier livre paru est Isabelle du désert, volume regroupant « Un désir d’Orient » et « Nomade, j’étais », Grasset, 2003.

 
     
 

Transmettre par effraction, par Jean Lambert

Le tympan de Vézelay offre une remarquable allégorie visuelle des paradoxes de la transmission en montrant un Christ qui voyage aussitôt qu’il renaît dans ses disciples en marche. Il donne à réfléchir, au-delà du domaine religieux, aux deux sources inaltérables de la transmission culturelle : le transfert et l’hiatus, la fidélité et l’invention.

Jean Lambert est maître de conférences en sciences de l’éducation et membre du Centre d’études interdisciplinaires des faits religieux, (EHESS), Paris. Il est l’auteur de Le Dieu distribué, une anthropologie comparée des monothéismes, Éditions du Cerf, collection « Patrimoines », 1995.

 
     
 

Un nouveau pèlerinage : la maison d’écrivain, par Michel Melot

Le ministère de la Culture avait demandé en 1990 à notre ami Michel Melot un rapport sur « la maison d’écrivain ». C’est ainsi, sous son parrainage, qu’est née la Fédération des maisons d’écrivain et des patrimoines littéraires, actuellement présidée par Jean-François Goussard, et supervisée par la Direction du livre. Si la lecture des textes se porte mal, la visite des lieux se porte bien. Un jeu de vases communicants à l’intérieur de la transmission ? Ne désespérons pas : les pierres et les écrits peuvent être complémentaires, affirme ici l’auteur, quinze ans après.

Michel Melot est conservateur général des bibliothèques honoraire. Il a été chargé en 1996 par le ministre de la Culture d’un rapport sur les maisons d’écrivain.

 
     
 

Kamikazes : la contagion de la mort, par François-Bernard Huyghe

La prolifération des attentats suicides témoigne du principe de la guerre du faible au fort poussé à l’extrême : rentabiliser au maximum son sacrifice en termes stratégiques, politiques et symboliques. Cette pratique n’est ni nouvelle ni spécifique des mouvements islamiques, mais son succès – dont témoigne le nombre constant de volontaires djihadistes – suppose la diffusion spectaculaire du « modèle », y compris par l’image, et sa justification théologique.

François Bernard Huyghe enseigne à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), à l’École de guerre économique et sur le campus virtuel de l’université de Limoges. Site : www.huyghe.fr. Dernier livre : Comprendre le pouvoir stratégique des médias, Eyrolles, 2005.

 
     
 

L’éducation civique, une tâche impossible ?, par Philippe Barret

Quoi de plus familier, dans l’école républicaine, que l’« instruction civique », forme laïcisée du cours de morale ? Et si ce pieux exercice était devenu au fil du temps une forme vide, dont les paradoxes sont de plus en plus difficiles à soutenir ? C’est la question impie que pose Philippe Barret, qui fut naguère chargé du dossier au cabinet du ministre de l’Éducation nationale. Le droit positif pourrait néanmoins nous servir de recours.

RPhilippe Barret est inspecteur général de l’Éducation nationale.

 
     
 

Art contemporain, art africain ?, par Bruno-Nassim Aboudrar

L’Afrique, qui n’a pas connu l’art moderne, donne à l’art contemporain sa pleine authenticité, et sa nécessité vraie. C’est à cette conclusion réjouissante que nous conduit une récente exposition, « Africa Remix ».

Bruno-Nassim Aboudrar est historien de l’art, maître de conférences en esthétique à l’université de Paris III-Sorbonne nouvelle et professeur à l’IEP de Paris. Son dernier livre paru est Nous n’irons plus au musée, Aubier, 2000.

 
     
 

Enseignants, journalistes : droits et devoirs, par France Renucci

Le Centre de liaison pour l’enseignement des moyens d’information (CLEMI) a été créé en 1983 par Alain Savary. Rattaché au ministère de l’Éducation nationale, il a vocation à former les enseignants à la lecture critique de la presse et au décryptage des médias (notamment au cours de la Semaine de la presse et des médias dans l’école, manifestation annuelles du 13 au 18 mars 2006). Sa directrice, France Renucci, maître de conférences à Paris IV, a bien voulu pour « Médium », mettre en regard deux univers professionnels qui ont intérêt à se connaître avant de se juger. Voici les premières pièces à verser au dossier.

France Renucci est maître de conférences à l’université Paris IV-Sorbonne et directrice du Centre de liaison de l’enseignement et des moyens d’information (CLEMI).

 
   
 

Un dialogue manqué, par Régis Debray

Voici un échange d’opinions inopiné qui a eu pour cadre, au début de l’été, le siège de notre revue. Julien M., agrégé de philosophie et maître de conférences à la Sorbonne, était venu, par curiosité, rencontrer Régis D., son permanent. Et lui dire en face ses doutes sur le bien-fondé de la démarche médiologique. Les deux hommes se connaissaient fort mal (Julien M. est de la jeune génération). L’entretien fut enregistré d’un commun accord ; et le verbatim des quiproquos, relu et forcément expurgé de part et d’autre. Julien M. a demandé l’anonymat. A-t-il craint de se compromettre ? Il s’en défend. Nous avons respecté son souhait. C’est un homme de bonne foi.

Régis Debray est philosophe et écrivain. Son dernier livre paru : Les Communions humaines. Pour en finir avec la « religion » (Paris, Fayard, 2005).

 
     
     
 

BONJOUR L'ANCÊTRE
Ici, contre l’amnnésie et la désinvolture, un médiologue d’aujourd’hui célèbre un maître d’hier oublié ou méconnu.

Mallarmé, avec Louise Merzeau

Dans les dictionnaires et les manuels scolaires, il est l’archétype du poète symboliste, métaphysique, hermétique. On en fait le chantre de cette réaction au positivisme des années 1880 qui puise son énergie dans la redécouverte de Baudelaire et dans le parfum de décadence dont toute fin de siècle aime à se draper. Présenté comme l’ennemi d’une réalité que sa matérialité rendrait vulgaire, il incarne pour beaucoup le repli de l’homme de lettres, préférant au commerce de ses contemporains la solitude obscure des signes et des idées…

Louise Merzeau est maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à Paris X et photographe. Son dernier livre publié est Au jour le jour, Descartes et Cie, 2004.

 
     
 

SALUT L'ARTISTE
Ici, contre modes et paresses, un coup de projecteur éclaire un coin d’ombre
dans la forêt des formes actuelles.

Opalka par Françoise Gaillard

« L’art est un univers qui n’est fait ni de hasard ni d’explosion. »
Sur des toiles de dimension constante, Opalka aligne des nombres qui se suivent selon une progression arithmétique. Un jour de 1965, avec un pinceau trempé dans de la peinture blanche, il a tracé le chiffre 1 dans le coin gauche du canevas, et ce geste, résultat d’une longue méditation sur l’art, a décidé de toute son œuvre et de toute sa vie. Le premier « Détail » était né. Depuis, Opalka poursuit inexorablement ce qu’il appelle « son programme ». Pendant que la main les dessine sans trembler, il égrène à mi-voix les nombres. L’enregistrement de cette étrange mélopée fait partie de l’œuvre, tout comme l’autoportrait réalisé dans l’atelier selon un rituel immuable. Toujours le même fond sans qualité, toujours la même chemise blanche, toujours la même expression inexpressive contrôlée à l’aide d’un rétroviseur, toujours la même définition technique de l’image. Une fois le « Détail » achevé, le pinceau traceur est répertorié et conservé comme une signature supplémentaire…

Françoise Gaillard est philosophe, enseigne à l’université Paris VII, est membre du comité de rédaction des revues Esprit et Médium. Son dernier livre paru est Diana Crash, Descartes et Cie, 1999.

 
     
 

UN CONCEPT
Un peu de logique s’il vous plaît. Place à une notion fondamentale et fondatrice sévèrement résumée. Parce que la médiologie ne se sait pas science, elle s’exige rigueur et cohérence.

Effet jogging

Nom plaisant donné par les médiologues à un phénomène grave et déroutant, par trop sous-estimé : l’effet rétrograde du progrès technique. Un futurologue d’avant guerre, alarmé par l’expansion de l’automobile, avait annoncé une mutation anthropologique à l’horizon de l’histoire : l’apparition d’hommes-tronc, qui à force d’être assis immobiles dans leurs boîtes métalliques n’auraient plus besoin de jambes. La déchéance des membres inférieurs fut ainsi logiquement pronostiquée chez les bipèdes motorisés. Or, moins les citadins marchent, plus ils courent. Au lieu de l’atrophie annoncée, la remusculation. Au parc et en salle, sur tapis roulant…

 
     
  SYMPTÔMES
Ici, chacun s’en donne à cœur joie et à compte propre sur tel ou tel sémaphore de l’esprit du temps.
 
     
 

Le français, ou bien les lettres, Dominique Dumas
Céline’s band, la terreur en chantant, Daniel Bougnoux
Tiens, voilà du déclin !, Antoine Perraud
Internet, ou la nouvelle triade « œuvre, artiste, piblic », Elsa Olu
Google print, André Rouillé
Avignon : la mort du texte, Robert Dumas

 
 
     

 

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